La Sagesse de la Conteuse, Muriel Bloch.

La Sagesse de la Conteuse, Muriel Bloch.

« Taraudée par la peur de manquer, les contes devinrent pour moi comme une fleur où je butinais année après année. J’y trouvais matière pour mon propre miel. Je m’étais choisie pour idole une femme immense au corps criblé de tiroirs qui hante certaines toiles de Salvador Dali. Sur mon bureau trônait une carte postale fétiche, représentant une broderie d’Abomey : une femme-ogresse offrant ses dix seins à téter à dix hommes affamés. J’ai appris plus tard qu’un héros qui tète le sein d’une ogresse peut compter sur sa protection. N’ayant suivi aucune formation pour faire du collectage sur le terrain, je commençais par dépouiller les livres et laissais traîner mes oreilles. Principalement dans les cuisines, convaincue que les conteurs se révè- lent mieux autour d’une table. Je guettais les bons vivants : « qui a bon appétit a bonne mémoire », était devenu mon adage. « Les contes ne sont pas faits pour être crus mais pour être mangés » fredonnait le conteur Michel Hindenoch. J’ajouterais que boire aux lèvres des uns ou des autres est une certaine façon d’écouter. »