La Sagesse du Créateur de parfum, Maurice Maurin.

La Sagesse du Créateur de parfum, Maurice Maurin.

« Sur les terres glacées, il n’y a pas de fermentations, pas de dégradations, donc pas d’odeurs. L’odeur témoigne de la vie. L’hiver, la vie se réfugie dans les maisons. Un feu de cheminée est une symphonie olfactive. Il faut réunir du petit bois, des écorces, des lichens, des pommes de pin, des herbes sèches, on craque une allumette. Avec la fumée l’odeur monte. C’est l’origine du mot parfum : per fumum, « par la fumée ». Senteurs boisées, herbacées, toutes ces « notes » vont varier avec la température du feu. Ajoutez une grosse bûche de chêne, il sentira les tanins et le whisky ; mettez-y un fagot d’osier, une odeur de bord de ruisseau se répandra aussitôt. Si vous brûlez de très vieilles planches, la pièce s’emplira d’une incompréhensible odeur de vanille. Mais pour sentir pleinement, le nez ne suffit pas. Il faut la cheminée, le crépitement des flammes, couleurs, formes et mouvements. Il faut les autres sens. Pour atteindre l’esprit, l’odeur voyage sur des images et des sons. Elle y fabrique alors des instants inoubliables qui renaîtront à la moindre « madeleine » qui passe. Tel est le paradoxe du parfum. »